On connaît le Marius Boyer des grands immeubles et des façades tendues. Il en existe un autre, plus ornemental, qu'on rencontre dans un quartier résidentiel proche du centre : celui des hôtels particuliers.
Un quartier de demeures
Dans les années 1920 et 1930, de nombreuses demeures privées s'élèvent dans ce quartier alors recherché. Les plus somptueuses se trouvent rue d'Alger et dans la rue attenante. Elles incarnent un style propre à Dar el-Beïda de ces années-là, qui puise au même moment dans l'art marocain, l'Art nouveau et l'Art déco.
La main des artisans
Ce qui frappe, dans les hôtels particuliers signés Boyer en 1930, c'est le rôle donné au métier. L'architecte y mise sur la pierre finement sculptée et sur la maîtrise du plâtre traditionnel ciselé de motifs végétaux — un travail d'atelier qui produit un style raffiné, plus dense que celui des grands immeubles.
Le quartier n'a pourtant rien d'uniforme : on y croise des villas d'esprit néo-mauresque comme des villas franchement fonctionnelles. La rue voisine, la rue Kori, accueille ainsi en 1931-1932 deux hôtels particuliers dus à Emmanuel Chaine et à Pierre Jabin — ce dernier bâtira quelques années plus tard l'immeuble Moretti-Milone et ses onze étages.
Deux registres, un même architecte
Entre ces demeures ciselées et les tours du boulevard Hassan Seghir, il n'y a pas contradiction mais évolution. Boyer aura montré qu'il savait faire parler la matière quand le programme s'y prêtait, avant de dépouiller son écriture pour répondre à la ville verticale.
Cette double nature se lit encore aujourd'hui dans l'Assayag : rien d'ornemental, et pourtant un soin extrême porté à la lumière, à l'air et à l'usage. Le parcours complet de l'architecte est retracé sur la page Architecte.
Source : Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, « Casablanca. Mythes et figures d'une aventure urbaine », Éditions Hazan.
💬 Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !