Demandez à n'importe quel Marocain où l'on achète « en gros » : la réponse tient en deux mots — Derb Omar. Ce que l'on sait moins, c'est que ce quartier légendaire du commerce est né en même temps que l'Immeuble Assayag, à quelques centaines de mètres de ses arcades, et pour les mêmes raisons. Le boulevard Hassan Seghir, où s'élèvent nos trois tours, en marque la lisière : les cartes et les répertoires d'adresses rattachent d'ailleurs une partie du boulevard au quartier. Raconter Derb Omar, c'est donc raconter le monde dans lequel l'Assayag a grandi.
Années 1930 : le port fait le quartier
Tout part du port. Dans l'entre-deux-guerres, Casablanca devient la porte d'entrée des marchandises du Maroc, et les importateurs cherchent des entrepôts et des comptoirs au plus près des quais. Les terrains situés juste derrière la médina — entre l'actuelle place des Nations unies et les voies qui filent vers le sud — se couvrent alors de magasins, de dépôts et d'immeubles de rapport. Dès les années 1930, commerçants juifs et européens s'y installent ; le quartier qui n'a pas encore de nom devient l'arrière-boutique du port.
C'est exactement le mouvement qui, du mellah aux tours, porte à la même époque les grandes familles juives de la ville : sortir de l'ancienne médina, bâtir moderne, commercer grand. Moses Assayag confie ses trois tours à Marius Boyer en 1930 ; ses voisins investissent dans les magasins et les entrepôts. Deux visages d'une même prospérité.
Omar Tassi, le vendeur d'œufs qui donna son nom au quartier
Le nom du quartier ne vient ni d'un pacha ni d'un saint, mais d'un commerçant. La presse économique marocaine raconte l'ascension d'Omar Tassi (que certaines sources orthographient Tissir) : parti vendeur d'œufs, il bâtit affaire sur affaire jusqu'à devenir, dans les années 1960, l'un des hommes les plus puissants du commerce marocain. Le « derb » — la ruelle, le passage — qui portait son nom a fini par désigner tout le quartier. Une trajectoire à la Casablanca : ici, la ville s'est toujours racontée à travers ses self-made-men.
1947-1948 : les Fassis et les Soussis prennent le relais
Après la guerre, une seconde vague transforme le quartier. À partir de 1947-1948, les commerçants marocains — les grandes familles de Fès d'abord, puis les négociants du Souss — rejoignent puis remplacent progressivement les maisons juives et européennes. Derb Omar devient ce qu'il est resté : la centrale d'achat du pays tout entier, le lieu où chaque boutiquier du Maroc vient remplir son camion.
Cette passation s'accélère dans les années 1950-1960, quand les départs vident la communauté juive de Casablanca de ses forces vives. Les enseignes changent, le métier reste : gros, demi-gros, import.
Le quartier aujourd'hui : 2 300 commerces
Un siècle plus tard, Derb Omar n'a rien perdu de sa vocation. Les enquêtes de la presse économique y comptent plus de 2 300 commerçants — environ 835 grossistes, 700 demi-grossistes et 770 détaillants — et quelque dix mille emplois. Tissus, droguerie, électroménager, fournitures : des rues entières spécialisées chacune dans sa marchandise, des trottoirs encombrés de ballots, des diables qui slaloment entre les voitures. Le quartier a ses crises — la concurrence des marchés chinois, les années covid — mais il demeure, selon la formule de La Vie éco, « le véritable cœur de l'économie marocaine ».
Ce que Derb Omar dit de l'Assayag
Pour le visiteur qui vient voir l'architecture, le contraste est saisissant : d'un côté les façades Art déco du centre, de l'autre la ruche marchande. En réalité, c'est le même monde. L'immeuble de rapport des années 1930 — dont l'Assayag est le chef-d'œuvre — est un produit du commerce : on logeait dans les étages les familles que faisaient vivre les magasins d'en bas. Les immeubles voisins du boulevard abritaient au rez-de-chaussée boutiques et comptoirs ; au-dessus, des appartements modernes avec ascenseur et, sur les toits, les buanderies communes.
Marcher aujourd'hui du boulevard Hassan Seghir vers Derb Omar, c'est refaire en dix minutes le trajet qui reliait l'argent du négoce à la pierre des architectes. Sans le port, pas de Derb Omar ; sans Derb Omar et ses fortunes marchandes, pas de commandes pour Marius Boyer et ses confrères. Le quartier bruyant et la tour élégante sont les deux faces d'une même pièce.
Foire aux questions
Où se trouve Derb Omar à Casablanca ?
En plein centre, derrière l'ancienne médina, à proximité immédiate du port — le boulevard Hassan Seghir, où se dresse l'Immeuble Assayag, en marque la limite nord-est. On y accède à pied depuis la place des Nations unies.
Pourquoi le quartier s'appelle-t-il Derb Omar ?
Du nom d'Omar Tassi, commerçant parti de rien — vendeur d'œufs selon la tradition — devenu l'un des grands hommes d'affaires du Maroc des années 1960. Le passage (« derb ») qui portait son nom a donné son nom à tout le quartier.
Que trouve-t-on à Derb Omar aujourd'hui ?
Le plus grand marché de gros et de demi-gros du Maroc : plus de 2 300 commerces — tissus, droguerie, équipement de la maison, fournitures — qui approvisionnent les boutiquiers de tout le pays.
Quel est le lien entre Derb Omar et l'Immeuble Assayag ?
La géographie et l'histoire : l'immeuble s'élève boulevard Hassan Seghir, à la lisière du quartier, et les deux sont nés du même essor commercial des années 1930, quand le port de Casablanca attirait négociants et bâtisseurs.
Sources : Médias24, « Derb Omar, ce quartier marchand qui fait plier les gouvernements » (2019) ; La Vie éco, « Derb Omar, le véritable cœur de l'économie marocaine » ; Economie&Entreprises (2016).
💬 Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !