1941-1943 : des années de rupture

Les lois de Vichy, le débarquement allié, la conférence de Casablanca.

📑 Sommaire

    L'histoire d'un immeuble croise parfois celle des lois. Au début des années 1940, ce que l'on pouvait habiter à Casablanca a cessé, pour une partie de la population, de dépendre de ses moyens.

    1941 : la ville nouvelle interdite

    En 1941, la législation de Vichy est appliquée au Maroc. Parmi ses dispositions figure une mesure d'ordre urbain aux conséquences directes : l'interdiction faite aux juifs de résider dans la ville nouvelle, à l'exception des faubourgs de villas.

    La portée est considérable si l'on se souvient du chemin parcouru : depuis les années 1920, des milliers de familles avaient quitté le mellah pour ces quartiers-là, et les commanditaires juifs y comptaient parmi les principaux propriétaires. La mesure concernait la ville nouvelle dans son ensemble — celle-là même où s'élèvent les immeubles Art déco du centre.

    Novembre 1942 : le débarquement

    La situation bascule le 8 novembre 1942, avec le débarquement allié. Casablanca cesse alors d'être une ville lointaine de la guerre pour en devenir l'un des points d'appui.

    Deux mois plus tard, en janvier 1943, elle accueille la conférence de Casablanca, où se décide une part de la suite du conflit. La même année, le film qui porte son nom achève de faire du mot « Casablanca » un décor de l'imaginaire mondial — à peu près au moment où la ville réelle vit ses heures les plus tendues.

    1945-1956 : reprendre le fil

    La sortie de guerre ouvre une décennie d'intense activité constructive. Les chantiers reprennent, une nouvelle génération d'architectes s'impose — Zevaco, Azagury —, et de vastes programmes de logement voient le jour, notamment pour les familles les plus modestes.

    Puis vient 1956 et l'indépendance du Maroc. La communauté juive de Casablanca, qui comptait près de 75 000 personnes en 1952 et représentait en 1960 quelque 45 % de la population juive du pays, entame alors un mouvement d'émigration qui transformera durablement le visage de la ville.

    Ces années-là expliquent en partie pourquoi le patrimoine bâti de Casablanca a besoin, aujourd'hui, qu'on le protège et le raconte.

    Source : Jean-Louis Cohen, « Casablanca la juive : Public and Private Architecture 1912-1960 », Quest. Issues in Contemporary Jewish History (Fondazione CDEC).

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    Alex Bego, L'Immeuble Assayag · Casablanca.

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