Jusque-là, les architectes de Casablanca venaient d'ailleurs : de Marseille comme Marius Boyer, de Paris, de Gibraltar ou d'Algérie. Puis vient une génération qui n'a pas eu à faire le voyage — elle était née sur place.
Deux enfants de la ville
Jean-François Zevaco naît à Casablanca en 1916, Élie Azagury deux ans plus tard, en 1918. Le second, architecte juif marocain, se forme à l'École des Beaux-Arts avant de revenir travailler dans sa ville natale.
Leur arrivée coïncide avec un changement de langage. L'Art déco des années 1930 laisse place à une modernité plus nue, où comptent la structure, l'ombre et le rapport au climat.
Les villas de l'après-guerre
En 1947, Zevaco signe une villa pour Sami Suissa. Cinq ans plus tard, Azagury construit celle de la famille Schulmann. Ces commandes appartiennent à la même continuité que celles des commanditaires d'avant-guerre — mais la réponse architecturale, elle, a changé d'époque.
Azagury : du logement populaire à l'ordre national
La trajectoire d'Élie Azagury dépasse rapidement la commande privée. Entre 1956 et 1960, il travaille au logement populaire des quartiers Derb Jdid et Hay Hassani ; en 1958, il réalise une usine de conditionnement du thé ; en 1962, sa propre maison ; en 1963, des écoles pour les missions françaises.
Surtout, après l'indépendance du Maroc, il devient le premier président de l'Ordre des architectes marocains. Un enfant de Casablanca, formé en France, prend la tête de la profession dans un pays qui vient de reprendre son destin en main.
Le fil qui relie
Entre les tours de l'Assayag, élevées en 1930, et les cités de Hay Hassani, il n'y a pas trente ans. Une même ville, deux générations d'architectes, et une question qui reste la même : comment loger dignement une population qui ne cesse d'arriver ?
Source : Jean-Louis Cohen, « Casablanca la juive : Public and Private Architecture 1912-1960 », Quest. Issues in Contemporary Jewish History (Fondazione CDEC).
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