Marius Boyer, architecte français né en 1885, a joué un rôle crucial dans la transformation de Casablanca en une métropole moderne. Son talent unique a permis de fusionner harmonieusement les traditions marocaines avec l'esthétique occidentale, façonnant ainsi le paysage urbain de la ville. C'est à lui que l'on doit l'Immeuble Assayag, dont les trois tours Art déco comptent parmi les silhouettes les plus reconnaissables de Casablanca.

De l'École des Beaux-Arts à Casablanca
Formé à l'École des Beaux-Arts
Marius Germinal Boyer naît à Marseille le 12 septembre 1885, fils d'Antide Jean-Baptiste Boyer, conseiller municipal à Marseille, et de Pauline Jacqueline Blain. Admis à l'École des Beaux-Arts en 1904 sous le matricule 5621, il s'y distingue par une 3e Médaille en histoire de l'architecture et devient, en 1910, le premier Grand Massier de l'histoire de l'École. Son diplôme, obtenu le 13 novembre 1929 au sein de la 143e promotion, porte un titre annonciateur de sa carrière : « L'habitation d'un colon aisé ». Son dossier d'élève est aujourd'hui conservé aux Archives nationales (AJ/52/416) ; ses pièces sont consultables sur AGORHA.
Précision : plusieurs notices donnent Aubagne comme lieu de naissance. C'est en réalité celui de son père, Antide Boyer (1850-1918), né à Aubagne et maire de cette ville de 1888 à 1892. Le registre des élèves de l'École des Beaux-Arts et la notice biographique de l'INHA situent la naissance de Marius à Marseille, où son père siégeait alors au conseil municipal.
Le dossier d'élève

L'acte de naissance joint au dossier précise l'heure et l'adresse : Marius Germinal Boyer naît le 12 septembre 1885 à midi et demi, 9, rue Farjon, à Marseille. Son père, Antide Jean-Baptiste Boyer, trente-cinq ans, est conseiller municipal ; sa mère, Pauline Jacqueline Blain, a trente-deux ans. L'un des témoins est Félix Cohen, adjoint au maire de Marseille.

Sa feuille de renseignements porte le numéro 5621 du registre matricule. Élève de Gabriel Héraud, Boyer passe les épreuves d'admission en 1904, entre en seconde classe le 9 mai 1904 et en première classe le 5 mai 1908.

La feuille de valeurs de seconde classe montre le rythme de l'École : une mention dans chaque matière scientifique — mathématiques, géométrie descriptive, stéréotomie, perspective, construction — entre 1905 et 1907, puis des « valeurs » gagnées en architecture, projet après projet, jusqu'au passage en première classe. En 1925, l'École lui comptera 21 valeurs en architecture.
Mobilisé pendant la Grande Guerre, sous-lieutenant au 363e régiment d'infanterie puis au 3e régiment du génie, il est cité à l'ordre de sa brigade en août 1916, puis à l'ordre de la 51e division en août 1917 pour les travaux de franchissement du canal de l'Yser. Ces documents, avec ses lettres du front, sont reproduits dans Marius Boyer, itinéraire casablancais.
Un nouveau départ en 1919
Installé à Casablanca dès 1919, Boyer prend une part active à l'essor de la jeune métropole. Associé à Jean Balois de 1925 à 1929, il signe des édifices qui structurent encore la ville — l'Hôtel de ville, la villa El Mokri, l'immeuble El Glaoui.

Les joyaux architecturaux de Boyer
- L’hôtel Volubilis (1920) — rue Abdelkrim-Diouri, alors rue de l’Aviateur-Védrines : l’un de ses tout premiers chantiers à Casablanca.
- L’hôtel Atlas (1922–1923) — boulevard Houphouët-Boigny.
- L’immeuble du Comptoir des Mines (1923) — rue Guynemer.
- L’immeuble de La Vigie marocaine — boulevard de la Gare, aujourd’hui boulevard Mohammed V : l’immeuble du quotidien de Casablanca, aux motifs néo-mauresques.
- L’Hôtel de ville de Casablanca (1927–1937) — alliance d’élégance et de fonctionnalité sur la place Mohammed V, alors place Administrative ; aujourd’hui siège de la wilaya.
- L’immeuble El Glaoui (1928, avec Jean Balois) — boulevard Mohammed V, alors boulevard de la Gare, commandé par Thami El Glaoui, pacha de Marrakech ; son passage couvert de pavés de verre est le premier des grands passages commerçants de la ville.
- L’immeuble Lévy-Bendayan (1928) — composé « à redans », façade blanche aux verticales franches.
- La villa El Mokri — un chef-d’œuvre conçu pour le vizir El Mokri, dialogue subtil entre tradition marocaine et touches modernes.
- La Banque commerciale du Maroc (1930).
- L’Immeuble Assayag (1930–1932) — trois tours Art déco, de grandes verrières éclairant les cages d’escalier et des terrasses ouvertes sur la ville : un exemple marquant de l’architecture moderne et un témoignage de l’audace créative de son auteur.
- L’immeuble Shell (1934).
- Le cinéma Le Vox (1935, détruit) — à l’époque le plus grand cinéma d’Afrique, manifeste d’avant-gardisme aux lignes épurées.
- Les Studios (1935) — avenue Hassan II : Boyer en est lui-même le propriétaire et y introduit à Casablanca l’appartement en duplex.
- L’hôtel Anfa (1938, détruit) — où se tint, en janvier 1943, la conférence d’Anfa.
- Le Cercle militaire, avec Albert Laprade.
Leur histoire, dans l’ordre des chantiers, est racontée dans « Marius Boyer, itinéraire casablancais ».
« Entre les lignes de mes plans et les courbes de mes constructions, j'ai cherché à tisser un dialogue harmonieux entre la tradition marocaine et la modernité occidentale, incarnant ainsi le pont culturel que représente Casablanca, ville d'histoire et d'avenir. »
— Marius Boyer
L'importance de l'innovation
Pour Boyer, chaque projet est une opportunité d'innover. Il intègre des éléments résolument modernes tout en respectant les racines culturelles locales — une exigence qui donne à son œuvre casablancaise sa cohérence et sa singularité.
Un héritage qui inspire
Fondateur du premier atelier d'architecture marocaine
Dans les années 1920, Boyer fonde le premier atelier d'architecture marocaine à l'École des Beaux-Arts de Casablanca. Une initiative révolutionnaire pour l'époque, portée par un profond respect de la culture locale.
Reconnaissance internationale
En 1910, son projet de « Porte nautique et aéronautique » lui vaut le Prix de reconnaissance des architectes américains — le signe précoce d'un talent appelé à dépasser les frontières.
Les dernières années
Marius Boyer s'éteint à Casablanca le 25 décembre 1947, dans la ville qu'il a tant contribué à dessiner. Officier de la Légion d'honneur et commandeur du Ouissam alaouite, il avait présidé le Conseil de l'Ordre des architectes ; Le Petit Marocain lui consacre une nécrologie. Il laisse derrière lui un héritage riche et varié, dont l'Immeuble Assayag demeure l'un des témoignages les plus éloquents.
Un héritage durable
La fusion de la modernité et de la tradition qui caractérise l'œuvre de Boyer continue d'inspirer les générations d'architectes. Son empreinte sur Casablanca est indélébile : ses lignes et ses courbes accompagnent toujours le quotidien de la ville, et chacune de ses réalisations raconte un chapitre de cette aventure urbaine.
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