Pierre Pilven, syndic de l'immeuble, dit de l'Assayag qu'il se passe de décoration « car il est, en lui-même, une œuvre d'art complète ». La formule est juste, et elle appelle un complément : le décor n'a pas quitté l'immeuble, il a changé de place. Il n'est plus posé sur les façades ; il est entré dans la matière — le granito des paliers, l'acier de la porte, le verre des cages d'escalier, le fer des rampes — et dans la géométrie, qui répète le même vocabulaire de l'échelle de la tour à celle d'une poignée : gradins, plans décalés, trapèzes, percements.
Cette page est l'entrée d'un inventaire. Il classe les éléments de l'Assayag par familles, les situe dans l'immeuble et distingue ce qui est d'origine de ce qui a été remplacé. Les albums s'ouvrent famille par famille, au rythme des relevés photographiques ; ceux qui sont publiés sont réunis dans la rubrique Le détail Art déco de la galerie. Le texte de synthèse reste sur la page Design et Architecture.
Comment lire cet inventaire
Chaque photographie porte une légende construite de la même manière : l'élément, sa matière, son emplacement (étage, cage d'escalier, pièce) et son état. Trois états seulement : d'origine, quand l'élément appartient à la construction de 1930-1932 ; remplacé, quand il lui a succédé ; à confirmer, quand nous ne savons pas encore. Chaque élément est photographié trois fois : dans son contexte, de face, et de près avec une échelle. Les mesures et, lorsqu'ils existent, les relevés dessinés accompagnent les albums.
Le parcours, du trottoir au toit
Les détails sont repérés le long du chemin que fait chaque jour un habitant. C'est aussi l'ordre des familles ci-dessous.
- Le trottoir : numéros, vitrines, frise du rez-de-chaussée, descentes d'eau, auvent.
- La porte : vantaux, imposte, verres, poignées, serrure, carreaux des pilastres.
- Le vestibule et le hall : marbres, boîtes aux lettres, luminaires, plafond.
- L'ascenseur : cabine, portes, indicateur d'étage.
- Les escaliers : rampes, vitraux, marches, hautes fenêtres.
- Le palier : granito, plinthes, portes palières, numéros, trappe du vide-ordures.
- L'appartement : fenêtres, crémones, radiateurs, cuisine, salle de bains.
- Le huitième étage : buanderies, terre cuite, escaliers de service.
- Les terrasses et le couronnement : parapets ajourés, verrières vues d'en haut, crochets et tendeurs des fils à linge.
- La cour et le garage : pavés de verre, grilles, portes.
Les familles
Portes
La porte de la rue, à deux vantaux d'acier peint, ses panneaux de verre imprimé et son imposte ; les portes palières en bois ; les portes de service, des buanderies et du garage.
Fenêtres et châssis
Châssis de métal et de bois, fenêtres d'angle, hublots, hautes fenêtres des escaliers de service, volets — et, à côté, les fenêtres remplacées.
Quincaillerie
Poignées de porte et de fenêtre, crémones, paumelles, serrures et entrées de serrure, numéros, sonnettes, boîtes aux lettres : la famille la plus nombreuse et la moins connue.
Verres
Verre imprimé de la porte, vitraux des cages d'escalier, pavés de verre de la cour, lames de verre, verrières.
Ferronnerie
Rampe de l'escalier circulaire, lisses des escaliers de service, garde-corps des balcons, grilles à rinceaux, grilles de ventilation.
Sols
Granito des paliers et ses dessins, marbres du vestibule et des marches, terre cuite des buanderies, damier, plinthes à gorge, nez de marche.
Granito (terrazzo)
Le sol des paliers est coulé sur place, en deux couches : un lit de mortier sur la dalle de béton, puis un à deux centimètres de ciment teinté chargé d'éclats de marbre, poncé à la meule jusqu'à ce que les éclats apparaissent tranchés net, et poli. Pas de carreaux : une surface continue, dont le dessin est fixé d'avance par des séparateurs — dans la plupart des terrazzos, des baguettes de laiton ou de zinc ; à l'Assayag, des rangées de petites tesselles de céramique. La technique vient de Venise, où l'on remployait les chutes de marbre ; des artisans italiens l'ont portée dans toute la Méditerranée, et Casablanca, entre les deux guerres, en a fait le sol courant de ses halls et de ses paliers, sous le nom de granito.
À l'Assayag, le même sol couvre les paliers de tous les étages et fait le tour de l'escalier circulaire : des trapèzes rouge-brun sur fond noir, cernés d'un filet de mosaïque jaune ; un champ ocre à gros éclats à côté d'un champ rouge-brun à grain fin, séparés par des filets de tesselles bleues, ocre et grenat. Le pied du mur est une plinthe à gorge coulée dans le même granito noir, et une rangée de tesselles bleues et ocre marque le départ de l'enduit. C'est le sol de 1930.
Voir l'album « Granito : les sols de l'Assayag » — sept photographies, légendées.
Murs et plafonds
Enduits lisses et rugueux, carreaux des pilastres de l'entrée, frise des vitrines, soubassements de marbre, corniches, couches de peinture mises au jour par le chantier de 2025-2026.
Équipements
Luminaires, ascenseurs, trappes du vide-ordures, radiateurs du chauffage central, interphones, cuisines et salles de bains d'origine, tendeurs des fils à linge.
Le tendeur de fil à linge
Sur la terrasse de séchage, le linge pendait à des fils d'acier accrochés aux poutres de béton. Pour les retendre sans les dénouer, on les passait dans un tendeur : une boucle de fer plat accrochée par son œil, et un tambour qu'on tournait par son bout carré, avec une clé. Le verrou est ingénieux : la tête du tambour, à quatre lobes, tombe dans l'encoche de son logement à chaque quart de tour, et c'est la traction du fil, chargé de linge mouillé, qui l'y maintient. Un de ces tendeurs pend encore à son crochet, le fil cassé ; son âge reste à établir.
Voir l'album « Le tendeur de fil à linge » — neuf photographies, légendées ; la terrasse de séchage est racontée dans l'article « Les buanderies du huitième étage ».
Signalétique
Les numéros 14 et 18, le nom de l'immeuble, les lettres des cages, les numéros d'étage, les traces d'enseignes anciennes.
Couronnement et façade
Parapets percés des tours et des terrasses, corniches, auvent de l'entrée, balcons arrondis, descentes d'eau.
Glossaire
- Auvent marquise
- Dalle en saillie qui abrite une entrée.
- À l'Assayag : au-dessus de la porte de la rue, entre les deux pilastres carrelés.
- Claustra parapet ajouré
- Paroi ou parapet ajouré, percé de jours réguliers, qui laisse passer l'air et la lumière.
- À l'Assayag : les parapets des tours et des terrasses, percés dans leur masse.
- Crémone et espagnolette
- Mécanismes de fermeture d'une fenêtre à deux vantaux : une poignée commande des tringles qui verrouillent en haut et en bas.
- À l'Assayag : à relever fenêtre par fenêtre — c'est l'un des objets de l'inventaire.
- Ferronnerie fer forgé, fer plat
- Ouvrages de fer forgé ou de fer plat : rampes, grilles, garde-corps.
- À l'Assayag : la rampe tubulaire de l'escalier circulaire, la lisse à volute des escaliers de service, deux grilles à rinceaux.
- Gradin ou redan
- Décrochement en escalier d'une façade ou d'un volume.
- À l'Assayag : le principe même des trois tours ; on le retrouve dans le dessin des sols.
- Granito ou terrazzo
- Sol coulé sur place : éclats de marbre pris dans un ciment coloré, puis poncés et polis. Les bandes de couleur sont séparées par des joints ou des filets.
- À l'Assayag : les paliers de tous les étages et le tour de l'escalier circulaire, avec leurs trapèzes, leurs bandes et leurs filets de tesselles.
- Imposte dessus de porte vitré
- Partie fixe et vitrée au-dessus d'une porte.
- À l'Assayag : au-dessus de la porte de la rue, où elle prolonge la géométrie des vantaux.
- Lame de verre lamelle vitrée
- Lamelle de verre montée dans un châssis, orientable ou fixe, qui ventile en éclairant.
- À l'Assayag : présentes ; l'album en précisera l'emplacement.
- Main courante et garde-corps
- La main courante est la barre que l'on tient ; le garde-corps, l'ensemble qui protège de la chute.
- À l'Assayag : main courante tubulaire doublée de deux lisses plates dans l'escalier circulaire.
- Nez de marche arête de la marche
- Arête avant d'une marche, la plus exposée à l'usure.
- À l'Assayag : marches de marbre usées et fendues dans les escaliers ; l'escalier circulaire en compte vingt et une par étage, chacune taillée d'un seul bloc.
- Paumelle charnière dégondable
- Charnière en deux parties qui permet de dégonder une porte ou une fenêtre en la soulevant.
- À l'Assayag : à relever.
- Pavé de verre ou brique de verre
- Bloc de verre creux, maçonné en dalle ou en paroi, qui éclaire sans laisser voir.
- À l'Assayag : la dalle de la cour, au-dessus du garage — cent quatre-vingt-douze pavés.
- Plinthe à gorge plinthe arrondie
- Plinthe dont le raccord avec le sol est arrondi en creux, pour faciliter le nettoyage.
- À l'Assayag : au pied des murs des paliers, dans le même granito sombre que la bordure.
- Rinceau ornement de feuillages
- Motif ornemental de tiges et de feuillages enroulés.
- À l'Assayag : les deux grilles de fer forgé, seules exceptions à une ferronnerie sans ornement.
- Tendeur ou raidisseur
- Appareil qui tend un fil d'acier en l'enroulant sur un tambour qu'on tourne avec une clé, puis le bloque.
- À l'Assayag : sur la terrasse de séchage, pour les fils à linge ; l'un d'eux pend encore à son crochet.
- Tesselle ou tessère
- Petit carreau de céramique, de pierre ou de verre dont on compose une mosaïque.
- À l'Assayag : les filets jaunes, bleus, ocre et grenat qui séparent les champs du granito, et la frise au pied des murs des paliers.
- Verre imprimé verre à relief
- Verre laminé dont une face porte un relief — stries, martelage, motifs — qui brouille la vue sans arrêter la lumière. Les motifs portaient des noms de catalogue.
- À l'Assayag : les panneaux striés de la porte de la rue.
- Verrière grande baie vitrée
- Grande surface vitrée sur châssis, qui éclaire un volume intérieur.
- À l'Assayag : les hautes verrières verticales des cages d'escalier, visibles en façade.
- Vitrail verres colorés
- Composition de verres colorés tenus par un réseau de plomb ou de métal.
- À l'Assayag : le vitrail géométrique de l'escalier circulaire et son voisin orangé.
- Zellige mosaïque de céramique
- Mosaïque marocaine de carreaux de terre émaillée, taillés et assemblés en motifs géométriques.
- À l'Assayag : les carreaux ocre des pilastres de l'entrée restent à identifier.
Ce qui est d'origine
Aucun élément de l'immeuble n'a encore été daté par un document : ni facture, ni marque d'atelier, ni plan de détail. L'inventaire procède donc par indices — la matière, la façon, la cohérence avec le reste — et le dit à chaque fois. Le granito des paliers en est l'exemple : un sol coulé ne se remplace pas, il se répare et se reponce, et rien, sur les paliers, ne signale une reprise ; c'est le sol de 1930. Un repère existe pourtant : l'explosion qui a frappé le hall du numéro 18 au début des années 1950 a brisé, selon la presse, tous les vitrages de cette entrée ; les verres de cette cage ne peuvent être plus anciens.
Ce que nous cherchons
Une marque de fabricant sur une crémone ou une serrure ; un catalogue de verre imprimé des années 1930 ; une facture de granito, un nom de mosaïste ; une photographie ancienne d'un intérieur ; ce qu'il reste de la colonne lumineuse qui, en 1935, éclairait la nuit l'axe de l'escalier. Chaque trouvaille datera un élément et, avec lui, tous ceux de la même famille.
Habitants : votre porte, votre fenêtre
Les détails les mieux conservés sont souvent derrière les portes des appartements : une poignée, une crémone, un radiateur, un carrelage de cuisine. Si vous habitez l'immeuble et souhaitez faire entrer les vôtres dans l'inventaire, écrivez-nous : une photographie de téléphone suffit pour commencer, et rien n'est publié sans votre accord.
Sources : Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, « Casablanca. Mythes et figures d'une aventure urbaine », Éditions Hazan ; L'Opinion, 7 mai 2024 (Pierre Pilven) ; le dossier technique du site.















