Dossier technique

Cette page rassemble en un seul endroit ce que l’on sait des choix techniques de l’Immeuble Assayag : structure, circulations, sécurité, lumière, eau, déchets, stationnement, équipements. Chaque point est daté, sourcé et renvoie à l’article où il est raconté en entier.

Le dossier est ouvert : il grandit à chaque document retrouvé, à chaque relevé fait sur place. Ce qui n’est pas établi figure en fin de page, tel quel.

1. Structure et gabarit

  • Béton armé, trois corps distincts réunis au septième étage, arcades en rez-de-chaussée. Le parti n’est pas seulement plastique : séparer, c’est multiplier les façades, donc la lumière et l’air.
  • Dix niveaux : sept étages d’appartements courants, un huitième étage de desserte, puis deux niveaux de penthouses en duplex.
  • Hauteur autorisée par l’article 25 du règlement de voirie : oblique à 50° depuis l’alignement opposé, puis second cône à 45° pour les étages en retrait — d’où les gradins. L’article 27 propage la hauteur de la voie large sur la voie étroite à l’angle ; les voies à portiques donnent 1,50 m de majoration. Le retrait volontaire de Boyer — la rue intérieure — élargit la voie de calcul.
  • Jean-Louis Cohen : avec ses dix niveaux, l’immeuble « n’aurait pas été toléré à Paris à l’époque ».

Détail : la règle du gabarit · pourquoi trois tours

2. Circulations verticales

  • Trois cages par tour : un escalier circulaire au centre du noyau et deux escaliers de service en diagonale, chacun desservant deux cuisines. Lisible sur le plan d’un étage courant, identique pour les trois tours.
  • Largeurs réglementaires (article 68) : 1,00 m minimum pour l’escalier principal, 0,70 m pour l’escalier de service.
  • Ascenseurs : attestés dès 1935 (« cages d’ascenseur ») et en 1952 dans le récit de l’explosion. Nombre, emplacement d’origine et machinerie restent à établir.
  • Passages entre les tours au huitième étage : des portes font communiquer les trois corps.

Détail : les escaliers · le huitième étage

3. Sécurité incendie

  • Colonne sèche de 65 mm montant jusqu’à la partie supérieure de l’immeuble, dans au moins une cage d’escalier.
  • Une bouche d’incendie sur le palier de chaque étage, au type du Service des Sapeurs Pompiers de la Ville.
  • Raccord de refoulement enfermé dans un coffret mural, à l’entrée principale.
  • Deux escaliers au moins régnant sur toute la hauteur, aboutissant au rez-de-chaussée « sans pouvoir être prolongés directement vers les sous-sols », et laissés « toujours entièrement libres ».

Source : article 89 du règlement général de voirie et de construction de Casablanca. Détail : l’immeuble était fait pour être évacué

4. Lumière et ventilation

  • Grandes verrières sur les cages d’escalier : éclairage direct et ventilation naturelle des circulations — l’air ne stagne pas, on monte dans la lumière du jour.
  • Cour ouverte pour chaque appartement : un puits de jour et d’air, que Boyer préférait aux cours obscures.
  • Rue intérieure : l’immeuble est « volontairement coupé en deux parties par une large rue », la lumière descend jusqu’au pied par une verrière de toute la hauteur.
  • Éclairage des escaliers en 1935, décrit par la Gazette de l’Électricité : « Les escaliers s’éclairent le jour par les cages d’ascenseur, la nuit par une colonne lumineuse placée dans l’axe de l’escalier. » Le jour arrive donc par la gaine vitrée de l’ascenseur ; la nuit, une colonne de lumière tient l’axe. Ce dispositif n’existe plus.

Détail : l’Assayag en 1935 · les verrières

5. Électricité

  • Une prise de courant dans chaque cuisine, dimensionnée pour la cuisinière électrique — « objet des vœux de chaque maîtresse de maison », écrit la Gazette de l’Électricité en janvier 1935. Une prise de force dans un logement, en 1930, n’est pas un détail de confort : c’est un pari sur un mode de vie.

Détail : une prise de courant dans chaque cuisine

6. Eau

  • Bassins d’eau en sous-sol, parmi les installations techniques d’origine.
  • Eau montée jusqu’au huitième étage : les buanderies communes reçoivent l’eau directement dans les bacs.

Détail : les sous-sols · les buanderies

7. Buanderies communes

  • Rangée de bacs en béton armé dans des locaux encastrés entre les tours, au huitième niveau ; chaque bac avec sa planche à laver et son creux pour le bloc de savon.
  • Terrasses de séchage entre les tours, de part et d’autre des passages.
  • Bandeaux de fenêtres élargis à ce niveau : ils n’éclairent plus des appartements, mais les buanderies.
  • Usage collectif éteint vers les années 1980 avec les machines individuelles ; les cuves de béton sont toujours en place.

Détail : les buanderies du huitième étage

8. Gestion des déchets

  • Vide-ordures desservant les étages — équipement invisible, mentionné dès les descriptions d’origine.
  • Incinérateur en sous-sol, dans les salles techniques devenues l’espace culturel Chez Marius.
  • Une explosion dans l’incinérateur est évoquée par la presse en 1952, quelques semaines avant celle de l’Escalier A — fait rapporté, non recoupé.

Détail : les sous-sols · 1952

9. Chauffage

  • Chaufferie en sous-sol, avec l’incinérateur et les bassins : « tout ce qui faisait fonctionner un immeuble de dix étages au début des années 1930 ».

Détail : Chez Marius

10. Stationnement

  • Garage souterrain dès 1930, creusé pour des voitures qui n’étaient pas encore là. Un tel ouvrage impose de creuser, étayer, ventiler et drainer — c’est un choix coûteux, donc délibéré.
  • Il inscrit l’immeuble dans la génération des « hôtels pour automobiles » parisiens des années 1920.

Détail : un parking sous l’immeuble, en 1930

11. Logements

  • Quatre appartements par étage, disposés en moulinet autour du noyau ; chacun avec salon, salle à manger, chambre, hall, cuisine, bains, WC et sa cour ouverte.
  • Huitième étage : étage de desserte — buanderies, deux garçonnières (logements privés à part entière, inchangés depuis l’origine), accès aux penthouses, portes entre les tours.
  • Deux derniers niveaux : penthouses en duplex, les « trois petites villas » du sommet. La Gazette de 1935 y décrivait déjà un duplex d’artiste.
  • Environ 130 appartements au total (Le360, 2023).

Détail : dix niveaux · le huitième étage

Ce qui reste à établir

Ce dossier est un chantier. Les points suivants ne sont pas documentés, et nous préférons le dire :

  • Ascenseurs : combien, où, de quelle machinerie d’origine ? Les sources ne les mentionnent qu’en passant.
  • Deux gaines hexagonales figurent sur le plan d’un étage courant, près des salles de bains. Monte-charge, vide-ordures, ventilation ? Non identifiées.
  • La colonne lumineuse de 1935 : forme, hauteur, date de dépose.
  • Le permis de construire et les plans d’origine, aux archives de la ville — ils trancheraient la plupart des questions ci-dessus.
  • La rédaction de 1930 du règlement de voirie : nous citons la version portant les délibérations de 1951, qui modifie les arrêtés de 1925 et 1931.
  • L’état actuel des équipements n’est pas décrit ici : ce site documente la conception, pas le diagnostic. Ce travail appartient à des professionnels mandatés par la copropriété.

Un plan, une facture d’époque, une notice de chantier ? Écrivez-nous — chaque document trouvé entre dans cette page.

Sources : La Gazette de l’Électricité, janvier 1935 ; arrêté municipal permanent portant règlement général de voirie et de construction à Casablanca, articles 25, 27, 68 et 89 ; plan d’un étage courant (tirage cyanotype, collection privée) ; Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, Casablanca. Mythes et figures d’une aventure urbaine, Hazan ; Le360, mai 2023.