Dossier technique

Cette page rassemble en un seul endroit ce que l’on sait des choix techniques de l’Immeuble Assayag : structure, circulations, sécurité, lumière, eau, déchets, stationnement, équipements. Chaque point est daté, sourcé et renvoie à l’article où il est raconté en entier.

Le dossier est ouvert : il grandit à chaque document retrouvé, à chaque relevé fait sur place. Ce qui n’est pas établi figure en fin de page, tel quel.

1. Structure et gabarit

  • Béton armé, trois corps distincts réunis au septième étage, arcades en rez-de-chaussée. Le parti n’est pas seulement plastique : séparer, c’est multiplier les façades, donc la lumière et l’air.
  • Dix niveaux au-dessus du rez-de-chaussée commercial : six étages d’appartements, un septième étage de studios au premier retrait, un huitième étage de garçonnières, de buanderies et de chambres de bonnes, puis deux niveaux de duplex à terrasses.
  • Hauteur autorisée par l’article 25 du règlement de voirie (texte de 1952) : oblique à 50° depuis l’alignement opposé, puis second cône à 45° pour les étages en retrait — d’où les gradins. L’article 27 propage la hauteur de la voie large sur la voie étroite à l’angle ; les voies à portiques donnent 1,50 m de majoration. Le retrait volontaire de Boyer — la rue intérieure — élargit la voie de calcul.
  • Pas de mur mitoyen entre les appartements : le syndic le cite comme un trait du bâtiment. La structure porte, les cloisons séparent — deux rôles distincts, ce qui n’allait pas de soi en 1930 (L’Opinion, mai 2024).
  • Chantier 1930–1932 ; l’Assayag est « l’un des trois chefs-d’œuvre » de Marius Boyer, et se distingue par « l’absence de décoration dans ses moindres détails, car il est, en lui-même, une œuvre d’art complète » (Pierre Pilven, L’Opinion, mai 2024).
  • Jean-Louis Cohen : avec ses dix niveaux, l’immeuble « n’aurait pas été toléré à Paris à l’époque ».

Détail : la règle du gabarit · pourquoi trois tours

2. Circulations verticales

  • Trois cages par tour : un escalier circulaire au centre du noyau et deux escaliers de service en diagonale, chacun desservant deux cuisines. Lisible sur le plan d’un étage courant, identique pour les trois tours.
  • Largeurs réglementaires (article 67 du texte de 1952) : 1,00 m minimum pour l’escalier principal, 0,70 m pour l’escalier de service.
  • Ascenseur, monte-charge et escalier de secours : le syndic énumère les quatre équipements verticaux du bâtiment — vide-ordures, monte-charge, ascenseur, escalier de secours (L’Opinion, mai 2024). Ce sont vraisemblablement le monte-charge et l’ascenseur que l’on voit en deux gaines hexagonales sur le plan d’un étage courant, près des salles de bains.
  • Les ascenseurs sont attestés dès 1935 (« cages d’ascenseur ») et en 1953 dans le récit de l’explosion. Leur nombre exact et la machinerie d’origine restent à établir.
  • Noyau octogonal : selon Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, chaque tour s’organise autour d’un noyau octogonal qui reçoit l’ascenseur et distribue les appartements. Dans le hall, la porte de l’ascenseur s’ouvre en effet à quelques pas de l’escalier circulaire.
  • Passages entre les tours au huitième étage : des portes font communiquer les trois corps.

Détail : les escaliers · le huitième étage

3. Sécurité incendie

  • Colonne sèche de 65 mm montant jusqu’à la partie supérieure de l’immeuble, dans au moins une cage d’escalier.
  • Une bouche d’incendie sur le palier de chaque étage, au type du Service des Sapeurs Pompiers de la Ville.
  • Raccord de refoulement enfermé dans un coffret mural, à l’entrée principale.
  • Deux escaliers au moins régnant sur toute la hauteur, aboutissant au rez-de-chaussée « sans pouvoir être prolongés directement vers les sous-sols », et laissés « toujours entièrement libres ».

Source : article 89 du règlement général de voirie et de construction de Casablanca, texte de 1952. Détail : l’immeuble était fait pour être évacué

4. Lumière et ventilation

  • Grandes verrières sur les cages d’escalier : éclairage direct et ventilation naturelle des circulations — l’air ne stagne pas, on monte dans la lumière du jour.
  • Cour ouverte pour chaque appartement : un puits de jour et d’air, que Boyer préférait aux cours obscures.
  • Vide cruciforme sous verrière : au cœur de chaque tour, un vide en croix coiffé d’une verrière conduit la lumière « en second jour » jusqu’aux pièces de service (Cohen et Eleb).
  • Rue intérieure : l’immeuble est « volontairement coupé en deux parties par une large rue », la lumière descend jusqu’au pied par une verrière de toute la hauteur.
  • Éclairage des escaliers en 1935, décrit par la Gazette de l’Électricité : « Les escaliers s’éclairent le jour par les cages d’ascenseur, la nuit par une colonne lumineuse placée dans l’axe de l’escalier. » Le jour arrive donc par la gaine vitrée de l’ascenseur ; la nuit, une colonne de lumière tient l’axe. Ce dispositif n’existe plus.

Détail : l’Assayag en 1935 · les verrières

5. Électricité

  • Une prise de courant dans chaque cuisine, dimensionnée pour la cuisinière électrique — « objet des vœux de chaque maîtresse de maison », écrit la Gazette de l’Électricité en janvier 1935. Une prise de force dans un logement, en 1930, n’est pas un détail de confort : c’est un pari sur un mode de vie.

Détail : une prise de courant dans chaque cuisine

6. Eau

  • Trois bassins d’eau en sous-sol, alimentés par le réseau de la ville (Lydec). Ils alimentent à leur tour des châteaux d’eau qui couronnent chacun des escaliers et chacun des duplex (L’Opinion, mai 2024) : l’eau monte une fois, puis redescend par gravité — le principe même du réservoir haut.
  • Eau montée jusqu’au huitième étage : les buanderies communes reçoivent l’eau directement dans les bacs.

Détail : les sous-sols · les buanderies

7. Buanderies communes

  • Rangée de bacs en béton armé dans des locaux encastrés entre les tours, au huitième niveau ; chaque bac avec sa planche à laver et son creux pour le bloc de savon.
  • Terrasses de séchage entre les tours, de part et d’autre des passages.
  • Bandeaux de fenêtres élargis à ce niveau : ils n’éclairent plus des appartements, mais les buanderies.
  • Usage collectif éteint vers les années 1980 avec les machines individuelles ; les cuves de béton sont toujours en place.

Détail : les buanderies du huitième étage

8. Gestion des déchets

  • Vide-ordures desservant les étages — équipement invisible, mentionné dès les descriptions d’origine.
  • Incinérateur en sous-sol, dans les salles techniques devenues l’espace culturel Chez Marius. Les deux équipements ne sont pas indépendants : « l’incinérateur descend par le vide-ordures » (L’Opinion, mai 2024) — la gaine alimente directement le foyer, les déchets ne sont jamais manipulés entre l’étage et la combustion.
  • Une explosion dans l’incinérateur est évoquée par la presse en 1953, quelques semaines avant celle de l’Escalier A — fait rapporté, non recoupé.

Détail : les sous-sols · 1953

9. Chauffage

  • Chaufferie en sous-sol, avec l’incinérateur et les bassins : « tout ce qui faisait fonctionner un immeuble de dix étages au début des années 1930 ».

Détail : Chez Marius

10. Stationnement

  • Garage souterrain dès 1930, creusé pour des voitures qui n’étaient pas encore là. Un tel ouvrage impose de creuser, étayer, ventiler et drainer — c’est un choix coûteux, donc délibéré.
  • Il inscrit l’immeuble dans la génération des « hôtels pour automobiles » parisiens des années 1920. Le syndic le décrit comme un parking collectif (L’Opinion, mai 2024) : un équipement de la copropriété, non une addition de boxes privés.

Détail : un parking sous l’immeuble, en 1930

11. Logements

  • Rez-de-chaussée : des commerces — aujourd’hui un café, un bar-restaurant, une épicerie, un petit snack et une entreprise.
  • Du premier au sixième étage : quatre appartements de trois ou quatre pièces par étage, disposés en moulinet autour du noyau ; chacun avec salon, salle à manger, chambre, hall, cuisine, bains, WC et sa cour ouverte.
  • Isolation phonique étudiée : deux logements sont toujours séparés par un escalier de service, l’ascenseur ou des débarras (Cohen et Eleb).
  • Septième étage, premier retrait : quatre studios, chacun avec une pièce de vie en deux espaces réunis (la chambre ouvre sur le salon, ou s’y transforme), un petit balcon, une petite cuisine séparée et une salle de bains avec WC.
  • Huitième étage : deux garçonnières (logements privés à part entière, inchangés depuis l’origine), les buanderies et les chambres de bonnes avec leurs balcons ; c’est aussi l’étage de desserte, avec l’accès aux duplex et les portes entre les tours.
  • Neuvième et dixième étages : trois duplex à terrasses, les « trois petites villas » du sommet. La Gazette de 1935 y décrivait déjà un duplex d’artiste.
  • Immeuble secondaire : quatre étages, même principe, mais composé de trois « demi-fleurs » ; entre les deux bâtiments, la rue intérieure couvre le garage souterrain, et des boutiques occupent le soubassement.
  • Environ 130 appartements au total (Le360, 2023).

Détail : dix niveaux · le huitième étage

Ce qui reste à établir

Ce dossier est un chantier. Les points suivants ne sont pas documentés, et nous préférons le dire :

  • Ascenseurs : leur existence est acquise et Cohen et Eleb les placent dans le noyau octogonal de chaque tour, mais leur nombre et leur machinerie d’origine restent inconnus. À relever sur place.
  • Les deux gaines hexagonales du plan : l’hypothèse monte-charge + ascenseur est cohérente avec la liste du syndic, mais reste une hypothèse — un plan coté la confirmerait.
  • L’escalier de secours cité par le syndic : s’agit-il des escaliers de service en diagonale, ou d’un ouvrage distinct ?
  • La colonne lumineuse de 1935 : forme, hauteur, date de dépose.
  • L’album de Boyer, Casablanca, travaux d’architecture (1933), qui publie la perspective de l’immeuble : à consulter, il pourrait contenir plans et notice.
  • Le permis de construire et les plans d’origine, aux archives de la ville — ils trancheraient la plupart des questions ci-dessus.
  • La rédaction de 1930 du règlement de voirie : nous citons l’arrêté du 2 janvier 1952 (délibération du 24 juillet 1951), qui abroge et remplace ceux du 1er octobre 1925 et du 25 février 1931. Ces deux textes restent introuvables : ils ne figurent pas au Bulletin officiel du Protectorat, et celui de 1931 numérotait ses articles autrement. Le règlement de 1920, dont des extraits sont publiés, prévoyait déjà la règle d’angle, la majoration de 1,50 m sur les voies à portiques et les étages en retrait à 45°, mais limitait la façade à la largeur de la rue.
  • L’état actuel des équipements n’est pas décrit ici : ce site documente la conception, pas le diagnostic. Ce travail appartient à des professionnels mandatés par la copropriété.

Un plan, une facture d’époque, une notice de chantier ? Écrivez-nous — chaque document trouvé entre dans cette page.

Sources : La Gazette de l’Électricité, janvier 1935 ; arrêté municipal permanent portant règlement général de voirie et de construction à Casablanca, texte du 2 janvier 1952, articles 25, 27, 67 et 89 ; plan d’un étage courant (tirage cyanotype, collection privée) ; Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, Casablanca. Mythes et figures d’une aventure urbaine, Hazan, chapitre « Des arts décoratifs à la modernité » ; Le360, mai 2023 ; Houda Belabd, « Rétro-Verso : L’immeuble Assayag, là où le bon vieux temps est resté figé », L’Opinion, 7 mai 2024 (entretien « 3 questions à Pierre Pilven »).