Histoire

Au 1418 du boulevard Hassan Seghir, trois tours Art déco dessinent depuis 1930 l'une des silhouettes les plus reconnaissables de Casablanca. L'histoire de l'Immeuble Assayag est inséparable de celle de l'homme qui l'a conçu : Marius Boyer, figure centrale de l'architecture moderne au Maroc.

De Marseille aux Beaux-Arts

Marius Germinal Boyer naît à Marseille le 12 septembre 1885, fils d'Antide Jean-Baptiste Boyer, conseiller municipal à Marseille, et de Pauline Jacqueline Blain. Admis à l'École des Beaux-Arts en 1904 sous le matricule 5621, il s'y distingue très tôt par sa rigueur et son talent : une 3e Médaille en histoire de l'architecture et, en 1910, le Prix de reconnaissance des architectes américains pour son projet de « Porte nautique et aéronautique ». La même année, il devient le premier Grand Massier de l'histoire de l'École — une reconnaissance qui dit assez son influence au sein de l'institution. Son parcours académique s'achève en 1929, avec un diplôme obtenu pour un projet intitulé « L'habitation d'un colon aisé », au sein de la 143e promotion.

Casablanca, terrain d'une modernité nouvelle

C'est pourtant loin de Paris que Boyer écrit l'essentiel de son œuvre. Installé à Casablanca dès 1919, il trouve dans cette ville en pleine effervescence un terrain d'expérimentation à la mesure de ses ambitions. Son association avec Jean Balois, de 1925 à 1929, est particulièrement féconde : ensemble, ils signent des œuvres majeures comme l'Hôtel de ville de Casablanca, sur la place Mohammed V, la villa El Mokri, édifiée pour le vizir El Mokri, ou encore l'immeuble El Glaoui. Viendra ensuite, en 1935, le cinéma Le Vox, à l'époque le plus grand cinéma d'Afrique. Pionnier, Boyer fonde également dans les années 1920 le premier atelier d'architecture marocaine à l'École des Beaux-Arts de Casablanca — le signe d'un intérêt profond pour la culture locale et d'un désir constant de marier traditions marocaines et esthétiques modernes.

« Entre les lignes de mes plans et les courbes de mes constructions, j'ai cherché à tisser un dialogue harmonieux entre la tradition marocaine et la modernité occidentale, incarnant ainsi le pont culturel que représente Casablanca, ville d'histoire et d'avenir. »

— Marius Boyer

La ville qui voulait monter

Le projet de l'Assayag naît d'une ambition collective. À la fin des années 1920, les autorités cherchent à réunir le quartier du port et celui des affaires en un ensemble continu ; au printemps 1930, le secrétaire général du Protectorat, Eirik Labonne, va jusqu’à proposer des immeubles de 60 à 80 mètres face au port — un projet qui n’aboutira pas. Casablanca se rêve alors verticale — et c'est à cette invitation que répond Boyer.

1930 : trois tours sur la ville

Édifié en 1930 boulevard Hassan Seghir, l'immeuble impose d'emblée sa silhouette dans le ciel de la ville. Le chantier, ouvert cette année-là, demande deux ans de travaux : l'ensemble est achevé en 1932. Boyer imagine des tours à arcades : trois corps séparés par d'étroits passages, qui ne se rejoignent qu'au septième étage pour former un seul volume. Chacun conserve sa propre cage d'escalier, et donc son autonomie. Tout y porte la signature de l'architecte : les grandes verrières qui éclairent et ventilent les cages d'escalier, les vastes terrasses ouvertes sur la ville, le jeu subtil des lignes et des courbes propre à l'Art déco. Pour explorer en détail ce vocabulaire architectural, rendez-vous sur la page Design et architecture.

Un héritage toujours vivant

Marius Boyer s'éteint à Casablanca le 25 décembre 1947. Son dossier, conservé aux Archives nationales de France, témoigne de l'ampleur de son apport à l'architecture. Quant à l'Immeuble Assayag, il n'a rien d'un monument figé : résidence privée toujours habitée, il accueille expositions, tournages et événements culturels, et ouvre ses portes au public lors d'occasions particulières comme les Journées du Patrimoine.

Pour approfondir le parcours de son créateur, poursuivez avec la page consacrée à l'architecte Marius Boyer ; et pour découvrir le bâtiment en images, la galerie vous attend.

Source : Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, « Casablanca. Mythes et figures d'une aventure urbaine », Éditions Hazan.