Balade Art déco autour de l’Assayag

L’Immeuble Assayag ne se comprend pas seul. Autour de ses trois tours, en quelques rues, Casablanca raconte vingt ans d’architecture, du Marché central de 1917 à l’hôtel de ville de 1937. Cette balade relie à pied neuf étapes, toutes racontées plus longuement dans nos articles.

Départ : devant l’Assayag, à l’angle du boulevard Hassan Seghir et de la rue Allal Ben Abdellah (tram : arrêt Marché Central). Arrivée : rue d’Alger, près de la cathédrale du Sacré-Cœur. Distance : 4 km environ. Durée : deux heures sans se presser.

Les immeubles du parcours sont habités ou occupés : on les regarde depuis la rue, avec discrétion. L’Assayag lui-même n’ouvre ses portes qu’à l’occasion d’événements culturels (voir Visites, localisation & accès).

Environ 4 km, deux heures avec les arrêts. En pointillés : le crochet par Derb Omar.
  1. L’Assayag et l’immeuble Lévy et Charbon
  2. L’ancienne rue de l’Horloge et le Marché central
  3. L’immeuble du Glaoui et son passage
  4. La place des Nations unies et la tour de l’Horloge
  5. L’ancienne médina, par Bab Marrakech
  6. Place du 16-Novembre : l’immeuble Bendahan
  7. Place Mohammed V : l’hôtel de ville de Boyer
  8. Les Studios, l’immeuble de Boyer
  9. Les hôtels particuliers de la rue d’Alger
  10. En prolongement : Derb Omar

1. L’Assayag et l’immeuble Lévy et Charbon

Commencez au pied des trois tours de Marius Boyer, élevées de 1930 à 1932. Levez les yeux : les arcades du rez-de-chaussée, les trois corps réunis au septième étage, puis les terrasses en gradins jusqu’aux duplex des deux derniers niveaux. Rue Allal Ben Abdellah s’ouvre encore l’une des deux rampes du garage souterrain de 1930.

Tout près, l’immeuble Lévy et Charbon (Ignacio Sansone et Paul Busuttil, 1929) coiffe ses angles de coupoles de zellige brun et bleu. Une carte postale des environs de 1932 montre déjà les deux voisins côte à côte.

Carte postale ancienne : les tours de l’Immeuble Assayag et, à droite, un immeuble à coupole
Les tours de l’Assayag et, à droite, un immeuble à coupole, sur une carte postale ancienne.

Pour aller plus loin : l’histoire de l’immeuble · pourquoi trois tours ? · le garage de 1930

2. L’ancienne rue de l’Horloge et le Marché central

Suivez la rue Allal Ben Abdellah vers l’ouest : c’est l’ancienne rue de l’Horloge, plus vieille que les grands boulevards. En 1915, Maître Favrot la jugeait déjà « boiteuse et mal venue » et réclamait une véritable artère ; ce sera le boulevard de la Gare, l’actuel boulevard Mohammed V, qui court parallèlement.

Sur votre gauche s’étend l’arrière du Marché central, bâti de 1917 à 1920 par le service d’architecture que dirigeait Pierre Bousquet. Un crochet de deux minutes mène à sa façade principale, sur le boulevard : tout près se tient l’immeuble Martinet (1919), du même Bousquet, et en face l’imposant immeuble Bessonneau, l’hôtel Lincoln.

Pour aller plus loin : la rue de l’Horloge · les voisins de l’Assayag

3. L’immeuble du Glaoui et son passage

Au bout de la rue, entre la rue Brahim El Amraoui et le boulevard Mohammed V, se dresse l’immeuble que Boyer et Jean Balois élèvent pour Thami El Glaoui, pacha de Marrakech — en 1928 selon Cohen et Eleb. Colonnes de marbre, arcs de brique, tourelles abritant les séjours à deux niveaux des appartements du cinquième étage : une composition qui deviendra un temps la signature de Boyer.

Au cœur de l’îlot s’ouvre le premier des passages d’immeubles de la ville, couvert de pavés de verre et rythmé de rotondes. Il relie la rue au boulevard : traversez-le, puis gagnez la place voisine.

Pour aller plus loin : Marius Boyer, itinéraire casablancais

4. La place des Nations unies et la tour de l’Horloge

Voici l’ancienne place de France, aménagée par Henri Prost en 1915 entre la médina et la ville nouvelle. Au nord, contre la vieille ville, se dresse la tour de l’Horloge, dont la rue de l’Horloge tenait vraisemblablement son nom : élevée en 1908 et démolie en 1948, elle a été reconstruite en 1994. À deux pas, l’hôtel Excelsior.

Deux immeubles des années 1930 tiennent la place. Socifrance (Erwin Hinnen, 1935) y aligne trois longues bandes blanches, dans une écriture proche du Bauhaus, loin du néoclassicisme comme de l’Art déco. L’immeuble Moretti-Milone de Pierre Jabin (1934-1935), avec ses onze étages, fut longtemps le seul de la place à dominer les toits. Au bord de la place se dressait aussi le cinéma Vox de Boyer, l’une des plus grandes salles d’Afrique, démoli dans les années 1970.

Vue aérienne ancienne de la place de France à Casablanca, avec la tour de l’Horloge au premier plan
La place de France et sa première tour de l’Horloge, vues d’avion sur une carte postale ancienne.

Pour aller plus loin : les voisins de l’Assayag · la rue de l’Horloge

5. L’ancienne médina, par Bab Marrakech

Longez vers l’ouest l’avenue des Forces armées royales, puis le boulevard Tahar El Alaoui jusqu’à Bab Marrakech. Derrière les murailles commence la Casablanca d’avant 1907, qui tenait dans une cinquantaine d’hectares : vingt-cinq mille habitants, des consulats, cinq synagogues, une église espagnole. Ses façades, percées de fenêtres et tournées vers la rue, surprennent qui connaît les médinas de l’intérieur ; on y croise, dès le début du XXe siècle, néo-mauresque, Art nouveau et Art déco — le brouillon de la ville nouvelle.

Faites quelques pas dans ses ruelles, puis revenez vers la place des Nations unies.

Pour aller plus loin : l’ancienne médina, voisine de l’Assayag

6. Place du 16-Novembre : l’immeuble Bendahan

De la place, les rues piétonnes mènent en quelques pas à la place du 16-Novembre. Edmond Brion y signe en 1935 l’immeuble Bendahan, sur une parcelle presque triangulaire : tout juste séparé de son associé Cadet, il adopte une écriture dépouillée, sans décor superflu. Le commanditaire, Haim Bendahan, appartient à la même génération de bâtisseurs que Moses Assayag.

Pour aller plus loin : les commanditaires juifs de Casablanca

7. Place Mohammed V : l’hôtel de ville de Boyer

Descendez l’avenue Hassan II jusqu’à l’ancienne place administrative, aujourd’hui place Mohammed V, pensée dans le cadre du plan d’Henri Prost. Autour de l’esplanade : le palais de justice, la Banque du Maroc d’Edmond Brion (1937) et surtout l’hôtel de ville, confié à Boyer après le concours de 1927 et inauguré en 1937 — l’actuelle wilaya. Sa tour-horloge de cinquante mètres joue le rôle d’un minaret de la modernité, sa silhouette évoque le palais des Doges, son décor mêle l’art arabo-andalou et l’Art déco. À l’intérieur, de part et d’autre de l’escalier principal, se font face deux grandes compositions de Jacques Majorelle, le « Moussem » et « L’Haouache ».

Pour aller plus loin : la place administrative

8. Les Studios, l’immeuble de Boyer

Poursuivez sur l’avenue Hassan II jusqu’à l’angle de la rue Omar Slaoui. En 1935, Boyer y construit un immeuble dont il est lui-même le propriétaire et y introduit une formule neuve à Casablanca : l’appartement en duplex, pour célibataires et couples sans enfants. La double hauteur se lit en façade, où fenêtres et loggias vont par quatre sous un même brise-soleil ; à l’angle, le bâtiment prend des allures de paquebot. Boyer avait essayé l’idée avec les garçonnières à terrasse du huitième étage de l’Assayag.

Pour aller plus loin : Casablanca, ville de célibataires

9. Les hôtels particuliers de la rue d’Alger

Dernière étape, en longeant le parc de la Ligue arabe : la rue d’Alger, près de la cathédrale du Sacré-Cœur. Dans les années 1920 et 1930, les demeures les plus somptueuses du quartier s’élèvent ici. Boyer y signe en 1930 des hôtels particuliers où la pierre finement sculptée et le plâtre ciselé de motifs végétaux disent la main des artisans : l’autre visage de l’architecte des tours, la même année que l’Assayag.

Pour aller plus loin : les hôtels particuliers de la rue d’Alger

En prolongement : Derb Omar

Avant ou après la balade, moins de dix minutes de marche vers le sud, par le boulevard Hassan Seghir, mènent de l’Assayag à Derb Omar, le grand quartier du commerce de gros, né dans les années 1930 du même essor du port que l’immeuble. D’un côté les façades Art déco, de l’autre la ruche marchande : les deux faces d’une même prospérité.

Pour aller plus loin : Derb Omar, le quartier marchand

Sources : Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, « Casablanca. Mythes et figures d’une aventure urbaine », Hazan ; Wikipédia, « Marché central de Casablanca », « Place des Nations-Unies (Casablanca) » et « Cinema Vox (Casablanca) » ; Mutual Heritage (université de Tours), fiche « Immeuble Les Studios ». Tracé et carte : données © contributeurs d’OpenStreetMap.