Une ville qui grandit vite doit, à un moment, se donner un centre. À Casablanca, ce sera une esplanade bordée d'édifices publics — la place administrative, pensée dans le cadre du plan d'Henri Prost.
Les institutions prennent place
Dès les premières années du protectorat, un dahir institue des tribunaux français en remplacement des tribunaux consulaires qui fonctionnaient depuis le XVIIIe siècle sous le régime des capitulations. Le Palais de justice s'installe sur la place, flanqué de deux bâtiments destinés aux militaires : le cercle des officiers et l'hôtel du commandement — ce dernier devenu depuis le bâtiment du consulat.
L'hôtel de ville de Marius Boyer
Au milieu des années 1930, Marius Boyer y élève l'hôtel de ville, aujourd'hui résidence du Wali. L'édifice raccorde les époques : sa silhouette évoque le palais des Doges de Venise, tandis que sa tour-horloge de cinquante mètres joue le rôle d'un minaret de la modernité. Les bandeaux horizontaux de fenêtres, le décor et la distribution empruntent à l'art arabo-andalou, mêlés à l'Art déco.
À l'intérieur, deux grandes toiles de Jacques Majorelle — « La place Jemaa el-Fna à Marrakech » et « Fête au pied de l'Atlas » — ornent des escaliers dessinés dans l'esprit des paquebots.
La place se referme en 1937
La composition s'achève avec la Banque du Maroc, réalisée par l'architecte Edmond Brion et livrée en 1937 — le même Brion qui signera, la même décennie, l'immeuble Bendahan dans le quartier de l'Assayag.
Non loin, un parc et des terrains de sport complètent l'ensemble. Casablanca a désormais un centre monumental, à quelques minutes des tours du boulevard Hassan Seghir.
Source : Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, « Casablanca. Mythes et figures d'une aventure urbaine », Éditions Hazan.
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