Les voisins de l'Assayag

Autour du boulevard Hassan Seghir, un musée à ciel ouvert des années 1919-1952.

📑 Sommaire

    L'Immeuble Assayag n'est pas une pièce isolée. Le quartier qui l'entoure forme un ensemble rare : en quelques rues se lisent trente années d'architecture, de l'immédiat après-guerre aux années 1950. Promenade.

    1919 : l'immeuble Martinet, avant l'Art déco

    Rue Mohammed V, l'immeuble Martinet est signé Pierre Bousquet (1885-1954), installé à Casablanca dès 1914 et actif jusqu'en 1952. On lui doit aussi le lycée Lyautey, l'hôpital civil et l'Institut Pasteur — des édifices d'une écriture simple et fonctionnelle.

    Il faut se représenter le contexte : en 1919, la ville sort de la Première Guerre mondiale, l'industrie du ciment vient tout juste de s'implanter, et l'on construit d'abord pour répondre à l'urgence. L'Art déco viendra ensuite.

    1929 : Charbon et Lévy

    Œuvre d'Ignacio Sansone et de Paul Busuttil, l'ensemble déploie trois façades sur un rez-de-chaussée commercial surmonté de cinq étages d'habitation — la formule classique de l'immeuble de rapport urbain, où la boutique finance le logement.

    Le parcours de Sansone dit beaucoup du cosmopolitisme de la ville : arrivé de Tunisie en 1920, il avait commencé comme constructeur avant de devenir architecte, et s'associera en 1939 à son beau-frère Busuttil, également né à Tunis.

    1934-1935 : Moretti-Milone, la verticale

    Avec ses onze étages, l'immeuble de Pierre Jabin resta longtemps le seul de sa place à dominer les toits. Il annonce la vague des immeubles de grande hauteur amorcée dans les années 1930 à l'entrée du quartier dit « des affaires » — celui-là même que les autorités souhaitaient relier au port en encourageant la construction en hauteur.

    Jabin n'est pas un inconnu du quartier : on lui doit également, rue Kori, l'un des hôtels particuliers bâtis en 1931-1932.

    1935 : deux visions la même année

    Cette année-là, deux bâtiments témoignent d'un tournant. Socifrance, d'Erwin Hinnen, introduit sur l'actuelle place des Nations unies — alors place de France — une écriture proche du Bauhaus, sans recourir ni au néoclassicisme ni à l'Art déco alors dominant dans le centre : trois longues bandes blanches y donnent le ton.

    Le Bendahan d'Edmond Brion marque, lui, l'éloignement de son auteur vis-à-vis de l'ornement. Brion, qui vient de se séparer de son associé Cadet, adopte une écriture dépouillée, sans décor superflu, sur une parcelle presque triangulaire. Le commanditaire, Haim Bendahan, appartient à la même génération de bâtisseurs que Moses Assayag.

    1952 : la Villa Paquet, dernier acte

    Signé Jacques Gouyon, cet immeuble de seize étages joue de balcons ondulants qui semblent flotter devant la façade, portés par un système de consoles dissimulées derrière les garde-corps. Son nom annonce le programme : des services nombreux offerts aux habitants.

    Vingt ans après l'Assayag, la ville a intégré la verticale au point d'en faire un exercice de style — mais l'idée d'un immeuble qui rende service à ses habitants, elle, n'a pas changé.

    Lire un quartier comme un livre

    Marcher du boulevard Hassan Seghir à la place des Nations unies revient à parcourir trois décennies : le fonctionnalisme d'après-guerre, l'immeuble de rapport à galeries, l'Art déco des grandes compositions, l'irruption du Bauhaus, puis la modernité des années 1950.

    Entre ces voisins, l'Assayag tient une place particulière : celle d'un bâtiment qui a su être monumental sans cesser d'être habité. À découvrir en images dans la galerie.

    Foire aux questions

    Quels bâtiments remarquables entourent l'Immeuble Assayag ?

    Notamment l'immeuble Martinet (1919), Charbon et Lévy (1929), Moretti-Milone (1934-1935), Socifrance et Bendahan (1935) et la Villa Paquet (1952).

    Quel est le plus haut immeuble du quartier ?

    La Villa Paquet, avec ses seize étages, dépasse Moretti-Milone (onze étages) et l'Assayag (dix).

    Peut-on visiter ces bâtiments ?

    La plupart sont des immeubles privés habités. Certains ouvrent lors d'événements du patrimoine ; les dates sont annoncées dans nos actualités.

    Source : Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, « Casablanca. Mythes et figures d'une aventure urbaine », Éditions Hazan.

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    Alex Bego, L'Immeuble Assayag · Casablanca.

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