Un parking sous l’immeuble, en 1930

Boyer creuse un sous-sol pour les voitures dans une ville qui en comptait quelques dizaines.

📑 Sommaire

    On regarde l’Immeuble Assayag par le haut : les trois tours, les terrasses en gradins, les grandes verrières. Le plus étonnant est peut-être dessous. En concevant le bâtiment, Marius Boyer prévoit un sous-sol destiné aux voitures des habitants — dans une ville qui, à cette date, n’en comptait que quelques dizaines.

    Ce que dit Rachid Andaloussi

    Invité par Médias24 à guider une promenade dans le Casablanca moderne, l’architecte Rachid Andaloussi — membre fondateur de Casamémoire, qu’il a présidée de 1998 à 2003 puis de 2012 à 2019 — commence son parcours par l’Assayag. Et c’est le sous-sol qu’il met en avant.

    « Si l’on doit parler de l’architecture de Casablanca, il faut évoquer l’immeuble Assayag, sur le boulevard Hassan Seghir. […] c’est un des premiers immeubles au monde qui, dans sa conception, a prévu un sous-sol pour un parking de voitures, alors qu’à Casablanca, à cette époque, il n’y avait que quelques dizaines de voitures en circulation. »

    « Visite guidée. Le Casablanca de… Rachid Andaloussi », propos recueillis par Hayat Gharbaoui, Médias24, 4 février 2022.

    Le détail est plus fort qu’il n’y paraît. Un garage souterrain coûte cher : il faut creuser, étayer, ventiler, drainer. Le construire pour une clientèle qui n’existe pas encore, c’est parier sur ce que la ville deviendra.

    Une idée qui naissait au même moment en Europe

    Boyer n’invente pas la voiture rangée sous l’immeuble. L’idée est dans l’air pendant qu’il dessine. Dans son histoire des bâtiments conçus pour l’automobile, l’historien Paul Smith le formule ainsi : « Pour les immeubles de rapport, les architectes commencent à prévoir au sous-sol ou au rez-de-chaussée des locaux destinés aux voitures individuelles des résidents. »

    La seconde moitié des années 1920 voit d’ailleurs Paris se couvrir d’« hôtels pour automobiles », ces garages collectifs de grande capacité : le garage Alfa-Roméo de Robert Mallet-Stevens rue Marbeuf en 1925, le garage Marbeuf d’Albert Laprade et Léon Bazin entre 1925 et 1928, celui de La Motte-Piquet par Robert Farradèche entre 1925 et 1929.

    Autrement dit : au moment où l’Assayag sort de terre, l’Europe commence tout juste à loger ses voitures dans l’architecture. Boyer fait la même chose — mais à Casablanca, et pour des habitants qui, pour la plupart, n’ont pas encore d’automobile.

    Ce que « premier » veut dire ici

    Il faut être précis. « Un des premiers immeubles au monde » est l’appréciation d’un architecte qui connaît sa ville et son sujet, pas une ligne dans un registre : personne ne tient le classement mondial des premiers parkings d’immeuble, et l’on trouverait sans doute des sous-sols à voitures antérieurs quelque part.

    Ce qui est vérifiable est ailleurs, et suffit largement. À la date où il est conçu, l’équipement est neuf en Europe même. Il est installé dans une ville dont le parc automobile se compte alors en dizaines de véhicules. Et il est prévu dès le dessin, pas ajouté ensuite. Boyer n’équipe pas un immeuble : il anticipe un mode de vie.

    Le reste de la machine

    Le parking n’est pas une curiosité isolée. Il appartient à un ensemble d’équipements qui font de l’Assayag, pour son époque, un bâtiment très outillé. Dans le même entretien, Andaloussi mentionne un système de ventilation des escaliers et des cuisines équipées.

    Sous l’immeuble, les sous-sols abritaient l’incinérateur, la chaufferie et les bassins d’eau — ce sont ces salles qui sont devenues, presque un siècle plus tard, l’espace culturel Chez Marius. Un vide-ordures dessert les étages. Et tout en haut, au huitième niveau, les buanderies communes reçoivent l’eau directement dans des bacs de béton, avec des terrasses de séchage entre les tours.

    Vu ainsi, le bâtiment se lit autrement. Les déchets descendent, le linge monte, les voitures se rangent dessous, l’air circule par les verrières. Chaque flux a son chemin.

    Un immeuble pensé comme un équipement

    On présente souvent l’Assayag comme une belle silhouette Art déco. C’en est une. Mais la façade n’est que la partie visible d’un raisonnement technique : comment fait-on vivre confortablement des dizaines de foyers empilés sur dix niveaux, dans une ville chaude et ventée, en 1930 ?

    Le sous-sol pour les voitures est la réponse la plus audacieuse à cette question, parce que c’est la seule qui ne répond à aucun besoin présent. Les autres équipements servaient dès le premier jour. Celui-là attendait son époque.

    Sources : Médias24, « Visite guidée. Le Casablanca de… Rachid Andaloussi », 4 février 2022, propos recueillis par Hayat Gharbaoui ; Paul Smith, « Un siècle d’immeubles pour automobiles », Pavillon de l’Arsenal, 2 octobre 2021 ; description des sous-sols et des équipements d’après les habitants de l’immeuble.

    Liens utiles

    Alex Bego, L'Immeuble Assayag · Casablanca.

    Photos © 2026 Alex Bego / Immeuble Assayag. Toutes les photographies sont réalisées par nos soins, sauf mention contraire. Utilisation sur autorisation écrite — nous contacter.

    Envie de découvrir la résidence ? Visites lors des événements culturels · actualités et dates sur nos pages.
    Cet article vous a plu ?

    🔗 À lire aussi

    💬 Commentaires

    Sans HTML ni liens. Les commentaires sont modérés.

    Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !