Le Labyrinthe poétique : cinq performances traversent l’immeuble

Les 4 et 5 avril 2026, la 2ᵉ Biennale Shaeirat a fait de l’Assayag son parcours — du couloir voûté des sous-sols aux appartements vides et à la terrasse.

📑 Sommaire

    Un immeuble d’habitation ne se visite pas. Deux jours de printemps, celui-ci s’est laissé traverser : les 4 et 5 avril 2026, la 2ᵉ Biennale Shaeirat a installé à l’Assayag le showcase de son « Labyrinthe poétique » — cinq performances poétiques bilingues arabe/français, et un public qui passe d’une salle à l’autre.

    Public assis dans le couloir voûté des sous-sols, une performeuse éclairée au fond
    Le couloir voûté des sous-sols : le public sur des chaises pliantes, la voix au bout du tunnel. Photo : Biennale Shaeirat.

    Shaeirat, c’est-à-dire les poétesses

    Shaeirat — شاعرات — signifie « poétesses ». Le projet porte ce nom parce que c’est son programme : faire monter sur scène la poésie arabe dite par celles et ceux qui l’écrivent, plutôt que lue à une table. La deuxième Biennale s’est ouverte à Rabat le 26 mars 2026 et s’est déployée une dizaine de jours entre Rabat et Casablanca, avec le soutien du British Council. Les deux dernières journées ont eu lieu ici.

    Le showcase est l’aboutissement de deux résidences intensives menées à l’American Arts Center : « Écrire la poésie pour la scène », dirigée par Soukaina HabibAllah, et « Performer la poésie avec les acteurs », dirigée par Henri Jules Julien. Ce qui s’est joué dans l’immeuble n’était donc pas une lecture, mais la sortie d’un atelier de mise en scène.

    Cinq duos, deux langues

    Chaque performance associait une poétesse ou un poète à une actrice ou un acteur — l’arabe et le français se relayant d’une bouche à l’autre :

    • Mohammed Kebdani & Othmane Benielloun-Touimi
    • Farid Abderrahim & Yassine Sedki
    • Khadija Elmassoudi & Selma Naguib
    • Safaa Isaad & Emna Zina-Thabet
    • Nada Raheeaee & Hélène Tran
    Deux femmes face à face en train de dire un texte
    Chaque performance est un duo : une poétesse et une actrice, l’arabe et le français passant de l’une à l’autre. Photo : Biennale Shaeirat.
    Une performeuse en robe blanche à motifs, une autre au premier plan
    Le texte n’est pas lu : il est joué, à deux corps et à deux langues. Photo : Biennale Shaeirat.

    Un labyrinthe qui existait déjà

    Le mot « labyrinthe » n’est pas une métaphore choisie après coup. Le dispositif consiste à faire circuler le public : on ne s’installe pas dans une salle, on suit un parcours, et chaque étape a son lieu.

    Or l’Assayag est déjà construit comme cela. Trois corps distincts avec chacun sa cage d’escalier, des passages qui les relient en hauteur, des sous-sols, des terrasses. À cela s’ajoute ce qu’aucun plan ne montre : un immeuble de bientôt cent ans n’est jamais dans un seul état. Les photographies montrent, à quelques mètres les unes des autres, des pièces repeintes en vert d’eau avec leur sol en granito intact, et des pièces aux enduits tombés, murs nus, sol rouge — les unes et les autres devenues décor sans qu’on ait rien construit.

    Public assis le long d’un mur dans une pièce à hautes fenêtres
    Une pièce d’appartement, sol en granito et hautes fenêtres : le public s’assoit où il peut. Photo : Biennale Shaeirat.
    Pièce à angle arrondi, public assis en cercle autour d’une performeuse
    L’angle arrondi et la file de fenêtres — une signature de Boyer — deviennent le fond de scène. Photo : Biennale Shaeirat.

    Le même couloir

    Une photographie de ces deux jours nous a arrêtés. Le couloir voûté où le public est assis pour écouter est exactement celui que nous avons publié il y a peu, méconnaissable, noyé de lumière rouge : c’est la nuit Air Max de mars 2025, dans le même espace culturel Chez Marius. Même arc, mêmes proportions, mêmes portes.

    Un an et une lumière séparent les deux images. Entre elles, il y a l’incinérateur, la chaufferie et les bassins d’eau pour lesquels ces salles ont été creusées en 1930. On construit une machinerie ; un siècle plus tard, on y fait entrer un public. Rien dans le bâtiment n’a été refait pour cela — c’est le programme qui change, pas les murs.

    Le couloir des sous-sols sous une lumière rouge
    Le même couloir, sous la lumière rouge : l’espace culturel Chez Marius sait faire les deux. Photo : Biennale Shaeirat.
    Un homme sur les marches sous un arc de cage d’escalier
    L’arc d’une cage d’escalier : dans un parcours, une porte devient une entrée en scène. Photo : Biennale Shaeirat.

    Un immeuble d’habitation parmi les institutions

    La liste des partenaires de ces deux journées mérite d’être lue jusqu’au bout : Institut français du Maroc, Institut français de Casablanca, British Council, American Arts Center, Tatmin Creative Hub — et L’Immeuble Assayag.

    Une copropriété d’habitation figure là au même titre que des instituts culturels nationaux. Ce n’est pas une formule de politesse : les salles appartiennent aux copropriétaires, qui ont voté leur ouverture à la culture et qui habitent au-dessus. Chaque événement se joue dans cet équilibre — un lieu qui reçoit, une maison qui dort.

    Deux interprètes sur une estrade entre des rideaux rouges
    Côté scène : une estrade, deux rideaux, et le théâtre est monté dans une pièce vide. Photo : Biennale Shaeirat.
    Le public vu entre deux rideaux rouges
    Côté salle : le public, dans l’encadrement des mêmes rideaux. Photo : Biennale Shaeirat.

    Voir les photographies

    Les trente-cinq photographies des deux journées sont réunies dans un album de la Galerie, avec la fiche du lieu.

    Photographie de groupe prise d’en haut sur la terrasse, la rue en contrebas
    La photographie de groupe, sur la terrasse, au terme du parcours. Photo : Biennale Shaeirat.

    Sources : publications de la Biennale Shaeirat et de The Olive Writers (mai–juin 2026), d’où proviennent les photographies ; shaeirat-project.com. Les dates sont celles de l’agenda de l’Institut français de Casablanca, qui annonce le « Labyrinthe poétique – Biennale Shaeirat » à la clôture des dix jours ouverts à Rabat le 26 mars 2026. Photographies : Biennale Shaeirat.

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    Alex Bego, L'Immeuble Assayag · Casablanca.

    Photos © 2026 Alex Bego / Immeuble Assayag. Toutes les photographies sont réalisées par nos soins, sauf mention contraire. Utilisation sur autorisation écrite — nous contacter.

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